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Le régiment Carignan-Salières et les compagnies de Tracy

En 1665, 1300 soldats débarquent en Nouvelle-France. Parmi eux, les ancêtres de François Baby, qui fera bâtir le manoir les Becquets, et le futur seigneur de Deschaillons ; quelque 285 resteront après la paix de 1667.

Premières troupes françaises en Nouvelle-France

Aujourd’hui nous vous proposons un sujet d’histoire remontant à 1665. Il s’agit d’un survol de quelques faits historiques entourant l’envoi en Nouvelle-France, par le Roi Louis XIV, de 1300 soldats. Une partie de ces troupes, soit le régiment Carignan-Salières constitué de 20 compagnies, est parti de France. Le reste des troupes, soit les 4 compagnies de Tracy, partait pour sa part des Antilles. Chacune des 24 compagnies comprenait trois officiers, soient un capitaine, un sergent et un porte-drapeau aussi appelé enseigne, ainsi qu’environ 50 soldats. Un enseigne était un sous-officier dont le rôle était de servir de point de repère visuel pour les troupes, à l’aide d’un drapeau, pour maintenir la cohésion de l’unité et démontrer l’honneur et le courage de son groupe.

Pour faire la traversé de l’Atlantique, le Roi Louis XIV avait affrété 5 navires pouvant chacun accueillir environ 230 passagers. La traversée la plus rapide entre la ville de Larochelle et celle de Québec fut réalisée en 61 jours par le navire Le Saint-Siméon alors que celle du navire La Justice fut d’une durée de 113 jours, soit presque le double. La durée des voyages, à l’époque, dépendait de la route suivie, des vents favorables ou non, de l’habilité du capitaine et de son équipage, et de la performance du navire. À l’arrivée de La Justice à Québec, près de la moitié des soldats à bord, soit une centaine, ont dû être hospitalisés d’urgence à l’Hôpital Général de Québec car ils étaient gravement malades et très affaiblis. Quelques jours plus tard, 35 de ces hommes étaient morts. Les conditions sanitaires sur ce bateau ont dû être épouvantables dû à la durée extrême du voyage et du manque de nourriture qui en découla.

Soulignons ici que la compagnie St-Ours a fait la traversée sur le navire La Justice et que son sergent s’appelait Jacques Baby, son enseigne Thomas de Lanouguère (dont la descendance adopta le patronyme de Tarieu de Lanaudière) et son capitaine Pierre de Saint-Ours de l’Échaillon. Les deux premiers sont les ancêtres directs d’un dénommé François Baby. Oui oui… celui qui fit construire, quelque 150 ans plus tard, le manoir les Becquets, à Saint-Pierre-les-Becquets, en 1817. Quant au troisième, Pierre Saint-Ours de l’Échaillon, ce fut celui qui hérita de la seigneurie qui fut baptisée Deschaillons.

Le mandat du régiment était de contrer les attaques incessantes des peuples Iroquois qui faisaient peser une menace permanente sur la jeune colonie d’un peu moins de 4000 âmes ainsi que sur les peuples autochtones alliés. Les territoires Iroquois étaient situés au sud du lac Huron, près des colonies anglaises et hollandaises qui étaient en compétition directe avec la colonie française pour contrôler la traite des fourrures en Amérique. Afin d’inciter les Iroquois à attaquer les colons français installés près de Montréal, de Trois-Rivières et dans les hameaux situés le long du Saint-Laurent, les anglais auraient fourni quelques armes et auraient payé les Iroquois lorsqu’ils leur remettaient des scalps de français. Il fallait donc mettre un terme à ces menaces constantes à la sécurité des habitants de la Nouvelle-France et de leurs alliés.

Le premier mandat du régiment fut de construire 4 forts le long ou près de l’embouchure du Richelieu, ce qui fut fait à l’automne 1665 et au printemps 1666. Les soldats ont également effectué deux missions punitives sur les territoires Iroquois. La première mission fut un désastre car les officiers supérieurs l’ont lancée en décembre 1665, sans attendre les guides Algonquins qui devaient les conduire et les conseiller. Les soldats n’étaient pas suffisamment habillés et ont été surpris par les forts vents, le froid et la neige abondante. Au terme de cette mission, près de 60 soldats sur les 500 qui y ont participé seraient morts de froids ou dans des embuscades iroquoises. L’ennemi, cette année-là, s’est avéré être autant les conditions hivernales que les autochtones !

La seconde mission fut réalisée à l’automne 1666 et bien qu’elle ne soit pas qualifiée de succès militaire, elle permit d’incendier plusieurs villages Iroquois dont les habitants avaient préféré fuir. Cela convainquit les chefs autochtones de signer des traités de paix avec les autorités françaises, instaurant « La Grande Paix de 1667 ».

Quelques mois après la signature des traités, les soldats ont été démobilisés et les autorités coloniales leur offrirent des terres pour les convaincre de s’établir en Nouvelle-France. Quelque 285 des anciens soldats acceptèrent cette invitation, les autres sont retournés en France. Jacques Baby, Thomas de Lanouguère et Pierre Saint-Ours de l’Échaillon faisaient partie de ces courageux nouveaux colons. Nul doute que les épreuves qu’ils ont surmontées lors de leur première traversée de l’Atlantique sur La Justice ont dû peser lourd dans leur décision de rester et de s’établir au Canada, en 1668.

Les deux premiers se marièrent avec des jeunes femmes nées dans la Colonie alors que Pierre de Saint-Ours de l’Échaillon maria une fille du Roi. Leurs lignées respectives comptent aujourd’hui de nombreux descendants au Québec et partout en Amérique du Nord. L’impact démographique global des nouveaux colons provenant du régiment Carignan-Salières et des filles du Roi a été fulgurant. La population de la Colonie aurait triplé en 20 ans, passant de moins de 4 000 habitants en 1665, à 12 000 habitants en 1685 ! La descendance globale des soldats qui se sont établis au Canada compterait aujourd’hui plus de 500 000 personnes selon Fournier et Langlois.

Comme on le constate, le régiment Carignan-Salières et les compagnies de Tracy auront eu un impact important sur le Québec et notre région :

  • Ils ont permis la conclusion d’une paix essentielle à la survie de la Colonie ;
  • Ils ont contribué à l’essor de notre communauté francophone en Amérique ;
  • Ils ont permis l’immigration des ancêtres des premiers seigneurs de la seigneurie Lévrard-Becquet qui, comme nous le savons tous, a elle-même conduit à la formation de nos trois villages de Saint-Pierre-les-Becquets, Sainte-Cécile-de-Lévrard et Sainte-Sophie-de-Lévrard ;
  • Ils ont aussi amené au Québec le premier seigneur de la seigneurie de Deschaillons qui conduisit à la formation du village du même nom !

D’autres descendants des soldats de Carignan-Salières habitent possiblement nos municipalités. Si vous détenez de l’information à ce sujet n’hésitez pas à prendre contact avec nous pour nous en faire part !

Gilles Marchand

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