L’aqueduc municipal d’autrefois à aujourd’hui
De la conduite de bois de 1850 au plastique d’aujourd’hui : le rachat du réseau par la Municipalité en 1965, la source du 5ième rang, la filtration des années 2000 et les travaux de 2021 à 2024.
Vers 1850 plusieurs petits réseaux d’aqueduc rudimentaires existaient dans la seigneurie Lévrard-Becquet pour desservir la population habitant dans les agglomérations qui devinrent plus tard les villages de Saint-Pierre-les-Becquets, de Sainte Cécile-de-Lévrard et de Sainte Sophie-de-Lévrard. Ces réseaux ne desservaient toutefois pas les résidences situées dans les rangs, qui ont dû attendre jusque vers 1930 pour voir arriver l’aqueduc municipal.
Les petits réseaux de bois de 1850 puisaient leur eau dans les cours d’eau environnants et la distribuaient, sans chloration préalable, à l’aide de conduits de bois évidés d’environ 4 pieds de longueur, qui étaient emboîtés les uns dans les autres (voir photo). Parfois, une roue de relèvement ou une pompe à vapeur pouvaient être ajoutée pour bâtir la pression requise pour desservir tous les usagers, du moins au premier étage des maisons !

Il est difficile de retracer l’histoire de chacun des réseaux d’aqueduc desservant les citoyens de notre territoire mais voici ce qui a été trouvé pour l’approvisionnement de Saint-Pierre, Sainte-Cécile et une partie de Sainte Sophie :
En 1894, on retrace l’acquisition par Ernest Dion, d’un réseau de bois desservant le village de Saint-Pierre-les-Becquets (1er rang) ;
En 1898, le Conseil municipal concède à M. Dion un droit d’exploitation de son réseau, pour 25 ans. À cette époque le service d’eau coûtait 6 $ par année pour une eau dite de qualité, bien que les eaux de surface utilisées provenaient des cours d’eau environnants, eux-mêmes alimentés par le ruissellement des terres en exploitation et souvent utilisées pour l’élevage de bétail ;
En 1919 le réseau est racheté par Ludger Sauvageau « fabriquant de beurre » et le Conseil lui octroi le droit de l’exploiter durant 25 ans. La municipalité exige cependant que toutes les résidences du 1er rang situées entre la limite du village de Saint-Jean Deschaillons et le pont de fer de l’Église soient desservies.
Pendant ce temps, en 1903, Lubin et Thomas Barabé, propriétaires du moulin des sources situé sur le lot 419 du 5ième rang, constataient que leur source d’eau produisait bien plus que ce dont ils avaient besoin pour opérer le moulin. Ils entreprirent donc de desservir en eau potable des résidences situées à Ste-Cécile et Sainte-Sophie à l’aide d’un nouveau réseau en bois ;
Tous les réseaux de bois rudimentaires n’étaient pas étanches et transportaient parfois des eaux contaminées, tout particulièrement lorsqu’ils transportaient des eaux provenant de ruisseaux traversant les terres agricoles, comme celui du 1er rang de Saint-Pierre : « la qualité de l’eau est souvent sujette de plaintes, les fuites régulières exaspèrent, le risque de maladies contractées par l’eau insalubre augmente, le peu de performance lors d’incendies inquiètent les citoyens et les élus, de plus, les compagnies d’assurance et le service provincial d’hygiène publique font de plus en plus pression sur les municipalités »;
De 1925 à 1930 des échanges difficiles entre M. Sauvageau et la Municipalité, concernant la qualité de l’eau et du service offerts au 1er rang, conduisent finalement à la création d’une société coopérative pour l’amélioration et l’exploitation du réseau d’aqueduc. Vers 1930 une grande partie du réseau est refait pour 10 000$, en utilisant des conduites de métal, puis agrandi, notamment pour desservir le 2ième rang ;
En 1965 la Municipalité a racheté ce réseau d’aqueduc afin d’initier un projet majeur d’amélioration. Tout d’abord, la source d’eau du 5ième rang, située à Sainte-Sophie-de-Lévrard, a été rachetée de M. Gérard Demers, pour la somme de 8000$. Ce faisant, la municipalité s’assurait d’un approvisionnement de grande qualité puisque les eaux de cette source proviennent du sous-sol, par filtration, et non de ruisseaux ou rivières souvent contaminés par l’agriculture ou les rejets d’égouts. Cette source d’eau de qualité, reliée à un réservoir par une conduite d’amenée le long de la route 218, muni également d’une chloration sommaire, allait permettre de grandement améliorer l’approvisionnement de la population des municipalités de Saint-Pierre, Sainte-Cécile et une partie de Sainte-Sophie. C’est d’ailleurs cette eau que nous buvons présentement. De plus, le projet d’amélioration réalisé en 1966 et dont le coût total a été de 525 000$, comprenait également le remplacement des conduites d’aqueduc du noyau urbain de Saint-Pierre, par des conduites d’acier ou de fonte ;
Au cours des années 1990 à 92, les conduites de métal situées sur le 2ième rang, de même que celle du 1er rang de Saint-Pierre, à l’extérieur du noyau urbain, ont été remplacées car elles brisaient trop souvent, dû à la rouille ;
Au début des années 2000, la municipalité de Saint-Pierre a ajouté un système de filtration au sable pour accroître la qualité de l’eau de sa source, de même qu’une désinfection par des lampes à rayonnement ultra-violet ainsi qu’une injection de chlore résiduel, afin de se conformer à la réglementation québécoise sur l’eau potable ;
Plus récemment, de 2021 à 2024, la Municipalité de Saint-Pierre a procédé à son projet d’assainissement des eaux usées et en a profité pour remplacer les conduites d’aqueduc du secteur village dont certaines dataient de près de 60 ans et sur lesquelles il y avait de nombreuses fuites et des bris très fréquents. Les municipalités de Sainte-Cécile et de Sainte-Sophie aussi remplacent progressivement leurs conduites. Les nouveaux tuyaux installés sont maintenant en plastique et pourront durer très longtemps puisqu’ils ne rouillent pas !
Voilà donc l’histoire de notre réseau d’aqueduc régional qui est passé de conduites en bois, en acier, en fonte puis maintenant au plastique ; qui au départ distribuait l’eau de surface sans traitement, puis avec une chloration sommaire et finalement un système élaboré et plus robuste assurant une excellente qualité de l’eau distribuée ;
Comme la prévoyance est toutefois de rigueur, la municipalité de Saint-Pierre a récemment effectué une analyse de la vulnérabilité de la zone d’alimentation de son système d’approvisionnement (infiltration des eaux de pluie et de fonte des neiges par les sols). Au cours des prochaines années cette étude pourrait conduire à la mise en place de mesures additionnelles afin, par exemple, de réduire les risques associés aux déversements accidentels de produits chimiques lors d’accident sur le réseau routier ou aux pratiques agricoles incompatibles. La ceinture et les bretelles direz-vous, mais en matière de qualité de l’eau potable, on n’est jamais trop prudent !
Nous pouvons en apprendre plus sur le développement des réseaux d’eau en allant sur le site de la Société d’histoire et de généalogie Lévrard-Becquet à www.shglb.com En effet, un article intitulé Les aqueducs, écrit par Claudette Fournier, relate l’historique des réseaux d’aqueduc de notre territoire, de 1894 à 1966. Aussi, dans un document rédigé par Jocelyne Lafond, intitulé Le moulin qui devint aqueduc, on peut trouver beaucoup d’information additionnelle, en particulier dans le chapitre intitulé Fin du moulin et début d’une nouvelle carrière.
Rénald Paquin et Gilles Marchand, pour la SHGLB
Pour situer cet article
À lire ensuite
À propos de la Société
Un groupe de bénévoles qui recherche, conserve et publie l’histoire et la généalogie de la seigneurie Lévrard-Becquet depuis 2002.
shglb.com/laqueduc-municipal-dautrefois-a-aujourdhui/