LES CURÉS GOUIN

En parcourant une liste exhaustive des prêtres qui ont exercé les fonctions curiales à Saint-Pierre-les-Becquets, je suis intriguée par deux noms qui reviennent dans un intervalle de trois quarts de siècle. Il s’agit des curés GOUIN. Tous deux originaires de la Baie-du-Febvre, il s’agit de Philippe-Antonio Gouin et de Gratien Gouin; ce dernier, nous l’avons bien connu, remplaça l’abbé Paul-Emile Dubois.

L’abbé GRATIEN GOUIN est né à la Baie le 13 février 1923, de Rosario Gouin, cultivateur, et de Berthe Lemire. Il fit ses études classiques à Papineauville (1940-1946) puis au séminaire de Nicolet. Ordonné prêtre le 8 mars 1952 par Mgr Albertus Martin, d’abord vicaire à Drummondville, puis à Gentilly à deux reprises (1952-1955), (1965-1966), il arrive ici à l’automne 1975. Son séjour à Saint-Pierre aura été bref puisqu’il meurt subitement au pied de l’autel, le 30 avril de l’année suivante. Il n’a que 53 ans! Il aura cependant laissé le souvenir d’un bon prêtre rondouillard et jovial, aimé des jeunes et des autres. Une cure précédente d’une dizaine d’années à Sainte-Séraphine (1966-1975) l’aura marqué d’une grande nostalgie pour cette région des Bois-Francs, dont il parlera avec abondance.

Quant à l’autre abbé, PHILIPPE-ANTONIO GOUIN, il est né à la Baie, le 8 mai 1862, de Calixte Gouin et d’Aurélie Crépeau. Il a fait ses études à Nicolet où il fut ordonné par Mgr P. Gravel, premier évêque de Nicolet, le 17 juillet 1887. Le diocèse venait de se séparer de celui de Trois-Rivières, dirigé par Mgr Laflèche.

D’abord vicaire à Saint-Grégoire-le-Grand, P.A. Gouin dessert Sainte-Angèle-de-Laval. Vicaire à la cathédrale de Nicolet, il dessert en même temps Gentilly (1890), puis revient curé à la cathédrale de Nicolet (1890-1898). Il n’a que 36 ans lorsqu’il arrive à Saint-Pierre-les-Becquets en 1898. Il commence par faire rehausser le terrain du cimetière de plusieurs pieds, à y ériger un charnier surmonté d’un calvaire avec statues en bois recouvertes de feuilles d’or. Un chemin de croix est placé et mis en valeur. Le curé Gouin commande à Sainte-Croix (Lotbinière) une belle palissade en fonte moulée. Il fait aussi restaurer l’église en dedans et en dehors; la voûte est décorée de fresques.

Constatant le nombre croissant d’horticulteurs, il joint un mouvement pour doter la paroisse d’une compagnie à fonds social pour mettre en conserve toutes espèces de fruits et de produits alimentaires, d’où la naissance d’une grande entreprise pour la mise en conserve des TOMATES!

En 1902, le couvent destiné à l’éducation des jeunes et dirigé par les sœurs de l’Assomption est érigé. Il fut démoli et remplacé plus tard par la Villa Les Becquets.

Oui, sous le règne du curé P.A. Gouin, la paroisse connaît une ère de grand progrès. Gouin est nommé chanoine puis nous quitte pour la cure de Warwick, puis à la Baie, d’où il se retire ensuite à l’Hôpital du Christ-Roi; il y décède le 10 juillet 1937.

Outre ces deux curés GOUIN, la paroisse a aussi accueilli un notaire, J.ANTONIO GOUIN, dont nous avons parlé dans une rubrique antérieure. Né vers 1886, célibataire, plusieurs couples becquettois ont eu recours à ses services pour des actes officiels, dont des contrats de mariage…

Si nous essayons de remonter le cours du temps, nous trouverons l’ancêtre de tous ces Gouin, MATHURIN GOUIN, né vers 1638, en Poitou, du mariage de Vincent Gouin, laboureur, et de Charlotte Gaultier. Il passe en Nouvelle-France avec son frère, Laurent, vers 1660, et épousa aux Trois-Rivières le 20 novembre 1663, Marie-Madeleine Vien, fille d’Etienne Vien, pionnier trifluvien. Mathurin Gouin est «tonnelier» de métier, mais il a un certain prestige auprès des autres censitaires. Il eut six enfants, plus Henry Haines qu’il avait adopté comme «domestique à vie». On peut lire dans «Les premiers seigneurs et colons de Sainte-Anne-de-la-Pérade (1667-1681) » publié aux éditions du Bien Public à Trois-Rivières par Raymond Douville en 1946 : « Les GOUIN comptent parmi les huit familles souches de Sainte-Anne où il existe encore une maison Gouin, celle-ci désormais habitée par la famille Tremblay. »

L’un des fils de Mathurin Gouin, JOSEPH, fut un célèbre voyageur des pays d’en haut et ancêtre direct de SIR LOMER GOUIN, de même que premier ministre du Québec de 1905 à 1920. Lomer Gouin épousa en secondes noces Eliza Mercier, fille de cet autre premier ministre bien connu, HONORE MERCIER (1887-1891), grand ami du curé Antoine Labelle, « Le Roi du Nord». Lomer Gouin a laissé son nom au barrage Gouin, sur la rivière Saint-Maurice, considéré à l’époque comme le plus considérable au monde…

En 1917, le pont de Québec, autre merveille du monde, est terminé. Deux ans plus tard, on assista au premier congrès des Cercles des Fermières. Il ne faut pas oublier en 1910 l’ouverture de l’Abitibi à la colonisation…

Un autre Gouin, LOUIS, quatrième du nom, était marchand, député du comté de Buckingham, et seigneur du fief de Courval. En 1829, ce comté fut divisé en six comtés : Yamaska, Drummond, Nicolet, Lotbinière, Sherbrooke, et Mégantic…

«Il est très probable que l’image que nous nous faisons de l’avenir appartient au passé.» Jean D’Ormesson.

YOLANDE ALLAIRE-ROUX